Dans l’univers du divertissement vidéoludique et cinématographique, la fréquence d’image joue un rôle essentiel. Que ce soit pour créer ou diffuser, le nombre d’images par seconde (IPS) influence une œuvre et notre expérience visuelle. Mais jusqu’à quel point notre perception peut-elle s’adapter ? Au-delà d’un certain seuil, augmenter cette valeur ne pourrait-il pas devenir superflu ?
Vous avez probablement remarqué que notre vision a ses limites. Bien que le transhumanisme soit un sujet discuté, les implants bioniques demeurent rudimentaires, éloignant ainsi le futur dépeint dans Terminator ou Cyberpunk 2077.
Malgré nos avancées, nos sens restent assez limités. Nous n’avons pas de vision nocturne, ni à rayons X, et nous ne percevons pas les vitesses extrêmes ou les zooms puissants. Alors, pourquoi augmenter les capacités des écrans si personne ne peut en bénéficier pleinement ?
Les limites de notre physiologie
Combien d’images par seconde notre œil peut-il réellement capter ? Cette question reste complexe, car cela dépend fortement de ce que nous observons. Beaucoup estiment que la limite perceptuelle de l’œil se situe au-delà d’un certain nombre de FPS, mais cette affirmation est trompeuse, car tout repose sur notre perception. Par exemple, un film projeté à 30 FPS peut sembler fluide, tandis qu’un joueur de God of War : Ragnarök jugera le jeu injouable si ce seuil n’est pas atteint.
Discuter des limites physiologiques des images par seconde revient à considérer l’œil humain comme une simple machine. Cela néglige la capacité sensorielle de notre corps qui peut créer l’illusion d’un mouvement fluide même à 12 images par seconde. On évoque alors la « persistance rétinienne », qui signifie qu’une image reste visible sur notre rétine environ le temps qu’il faut pour 1/25ème de seconde après sa disparition.
Ce phénomène nous aide également à ne pas voir les images noires entre les différentes images projetées au cinéma. De plus, notre cerveau opère des raccourcis pour rendre notre perception plus harmonieuse, comme le « effet phi », qui donne l’illusion de mouvement entre plusieurs images fixes.

24 images par seconde : la référence du cinéma
Le cinéma a compris l’importance de maximiser les capacités d’illusion de notre esprit, car la fluidité ne réside pas uniquement dans l’augmentation du nombre de FPS. Généralement, les films respectent cette norme de 24 FPS, établie dans les années 1920 surtout pour des raisons économiques : c’était le taux minimal d’images pour donner une sensation de fluidité et de réalisme.
Dans les années 2000, certains écrans ont même diffusé des films à 14 FPS, sans que cela n’impacte le rendu global. En effet, notre appréciation de la fluidité dépend aussi de la surface de projection.
Il est également important de noter que la focale des caméras capture le flou de mouvement (motion blur) à 24 FPS, créant ainsi une illusion perçue naturellement par notre cerveau. Cette méthode permet aux films de se passer d’un taux d’images par seconde plus élevé tout en conservant une fluidité réaliste.
Étonnamment, les rares films ayant tenté d’augmenter les FPS ont souvent reçu un accueil mitigé. La trilogie Le Hobbit est un bon exemple, ayant provoqué des réactions négatives lors de sa sortie en 2012, avec un rendu jugé trop artificiel par certains spectateurs, entraînant même des maux de tête pour certains d’entre eux.
Plus de liberté pour le jeu vidéo
Dans le domaine du jeu vidéo, la situation varie. L’affichage y est souvent plus « brut » que sous un angle cinématographique, entraînant des saccades à 24 FPS. Pour pallier ces problèmes d’images coupées, les développeurs ont exploré diverses techniques, notamment un flou de mouvement artificiel pour masquer les saccades.
Mais ce choix implique souvent une perte de visibilité, rendant ainsi certains jeux presque injouables avec cette option activée. Essayez donc de réaliser des headshots dans Call of Duty : Black Ops avec le motion blur activé et vous comprenez vite.

En fin de compte, la solution optimale demeure d’augmenter la fréquence d’images pour présenter un rendu à la fois fluide et réaliste, tout en préservant la clarté des éléments environnants, cruciale pour jouer efficacement. À ce propos, l’œil humain peut détecter une différence jusqu’à 250 FPS, voire plus pour certains joueurs professionnels. Après ce seuil, la perception naturelle du flou de mouvement s’installe.
Cependant, certains jeux n’ont toujours pas renoncé au motion blur artificiel. Bien qu’il soit moins accentué qu’auparavant, il aide à améliorer le rendu lorsque les FPS sont inférieurs à 60 et peut être désactivé à tout moment dans les réglages. Les avis divergeront, mais au moins, l’utilisateur a le choix.

Des avancées technologiques pour une fluidité accrue
La tendance actuelle montre une volonté claire d’augmenter les images par seconde sur des écrans de plus en plus performants, l’apparition de la norme HDMI 2.2 lors du CES 2025 en est un parfait exemple. En effet, cette technologie pourra diffuser de la 4K jusqu’à 480 Hz, promettant une fluidité exceptionnelle auparavant réservée à des résolutions moins élevées.
De plus, plusieurs technologies sont apparues, comme le VRR (taux de rafraîchissement variable), évitant ainsi les saccades et le déchirement d’image. Ce standard se retrouve désormais sur la majorité des écrans à 120 Hz ou plus.
Cependant, cela soulève la question de l’utilité d’un tel affichage pour la majorité des consommateurs, notamment ceux qui utilisent leur écran pour regarder des films ou des séries de temps à autre. À première vue, discerner une différence notable entre 120 Hz et 480 Hz peut être difficile sans un œil averti, si ce n’est pour la facture.
FPS ou Hz : quelle différence selon l’utilisation ?
Clarifions d’abord : pourquoi utilise-t-on hertz pour les écrans et FPS pour les contenus ? Le premier indique le taux de rafraîchissement, soit 240 rafraîchissements d’image par seconde pour un écran 240 Hz. Pour un jeu à 60 FPS, cela produit 60 images par seconde.
Bien que certains employés ces termes de manière interchangeable, les hertz désignent les écrans et les FPS se rapportent au contenu généré (comme la carte graphique et le programme utilisé). En résumé, l’un est en amont de l’autre, et avoir un écran avec un taux de hertz très élevé sera inutile si le contenu ne fonctionne qu’à 30 FPS. Les deux doivent être compatibles pour optimiser les performances globales, et ce sont des critères à considérer lors du choix d’un téléviseur ou d’un moniteur. Sinon, c’est comme louer une salle de cinéma IMAX pour projeter des diaporamas familiaux.

De même, si un contenu veut atteindre 120 FPS, mais que votre écran ne supporte que 60 Hz, vous ne pourrez pas en tirer le meilleur parti. Cela nécessite également de posséder une carte graphique et un processeur robustes pour gérer l’ensemble de ces paramètres, surtout si vous souhaitez maintenir une haute résolution.
Si tout est aligné et que vos ressources vous permettent d’acquérir une telle machine, ces capacités pourront s’exprimer au maximum. Toutefois, en l’état, investir dans un écran de haute performance reste une option risquée, notamment à cause du manque de contenu réellement en 120 FPS.

Une technologie superflue ?
Tout cela posé, revenons à notre question initiale : pourquoi intégrer des fréquences si élevées ? Certains affirment qu’il est indispensable de profiter de l’évolution au-delà de 240 Hz/FPS. Cependant, cela ne plaide pas vraiment en faveur des modèles plus avancés, comme le dernier écran LG OLED qui a captivé l’attention, mais pour l’instant, la technologie actuelle semble dépasser notre perception.
Cependant, les preuves solides restent rares. La science ne parvient pas encore à établir des capacités humaines qui dépassent 120 Hz/FPS. Même si des écrans capables de 360 ou 480 Hz peuvent mettre en valeur certaines œuvres artistiques, il est peu probable que nous en tirions un réel avantage.
Si l’on prend en compte le coût élevé de ces équipements et les différences minimes au-delà de 60 Hz/FPS, seules les personnes véritablement passionnées par le jeu (ou les joueurs professionnels) justifieront probablement un tel investissement. La fluidité ou la qualité visuelle ne concernent pas tout le monde, et certains jeux ne nécessitent pas de hautes performances techniques.

Vérifier la fréquence de rafraîchissement de mon écran
Si vous avez perdu les spécifications de votre matériel ou la notice, vous pouvez tester la fréquence directement à travers les réglages de votre moniteur.
Bien des clients de jeu fournissent également un affichage des FPS, comme Steam, qui permet de vérifier ce paramètre dans un coin de l’écran. Si certains jeux semblent ralentir, vous pourrez ainsi confirmer qu’il s’agit d’un souci réel.
De plus, il existe des sites permettant d’effectuer ce calcul via votre navigateur.
La force du milieu de gamme
Dans un avenir proche, il est probable que les cinéphiles s’orientent vers des téléviseurs ou vidéoprojecteurs de qualité, plutôt que des moniteurs haut de gamme. Seule une frange technophile ou passionnée de jeux vidéo reste en quête d’écrans ultra-performants.
Au-delà d’être sûr que ces différences de performance comptent, ce groupe restreint de personnes devra croire dans le développement technologique et l’émergence d’une bibliothèque de contenus adaptée à leur matériel. Car, débourser plus de 1 000 euros pour un écran doit s’accompagner d’une certitude que les contenus suivront.
Il serait également prudent de garantir que les composants de ces machines soient remplaçables. Le risque a considérablement augmenté avec la crise des semi-conducteurs et la raréfaction des ressources. Acquérir le meilleur des écrans tout en étant limité par un manque de RAM ou de carte graphique serait bien ironique.

Pour éviter que l’obsolescence ne progresse davantage avant que vous n’ayez pleinement profité de votre équipement, orientez-vous vers un matériel honorable, mais pas nécessairement ultime. Un bon écran de 120 ou 240 Hz, accompagné d’une excellente carte graphique, devrait largement suffire à satisfaire vos besoins visuels. D’autant plus avec les avancées graphiques prometteuses d’Unreal Engine 5, le standard des moteurs de jeux vidéo.
Ce dispositif devrait permettre de faire tourner la majorité des futures productions en leur rendant hommage, même avec des programmes permettant d’optimiser le ratio entre FPS et hertz.
En définitive, il est discutable de s’attarder sur de telles fréquences d’affichage, eu égard aux limites humaines, aux coûts impliqués ou au manque de contenu. Ces écrans demeurent de réels exploits techniques, mais leurs applications restent limitées.

